| Publié le 16 septembre 2019 - Texte : Marie Gervais

Comment libérer la créativité de vos enfants

Comment libérer la créativité de vos enfants

Marie Gervais partage six principes pour ne pas étouffer la créativité par notre éducation. Retrouvez plus d’articles de Marie sur son site éducation créative et dans la petite fabrique !

1. De montrer “comment on fait” tu te retiendras

À 4 ans, mon fils était un dessinateur passionné : il remplissait les feuilles entières de tout plein de détails. Après les dinosaures, il a eu sa période “volatiles” : ses oiseaux étaient magnifiques, détaillés et originaux. Jusqu’à ce qu’un jour sa maîtresse me dise, très fière d’elle : « Je lui appris à dessiner un oiseau ! » Celle qui s’extasiait depuis des mois qu’il soit le seul enfant de sa classe à ne jamais lui réclamer ni aide ni idée venait donc d’“apprendre” à mon fils à dessiner des oiseaux… en forme de V dans le ciel ! Et c’est ainsi que, en l’espace d’un instant, ses merveilleuses créations ailées sont devenues des V rigides et clonés. Voici donc mon premier conseil : faites taire votre ego (même si vous trouvez que son poney ressemble à un dindon) et ne minimisez jamais votre pouvoir de persuasion en tant qu’adulte. Ne vous dites surtout pas que vous faites “mieux” que l’enfant juste parce que vous êtes un adulte. Dans le domaine de la créativité, cela peut être ravageur…

2. Prendre tes enfants pour des artistes en herbe tu arrêteras

En focalisant sur le résultat (une future “œuvre d’art” à encadrer), on prend le risque de freiner fortement (voire de tuer dans l’oeuf) leur confiance en eux si les résultats ne sont pas un jour à la hauteur de leurs espérances. En tant que maman, je sais à quel point il est difficile de savoir quoi répondre à un enfant qui nous dit fièrement : « Regarde mon dessin comme il est beau ! » Pour éviter le jugement comme le mensonge, ma solution est de stopper ce que je fais pour offrir à mes enfants quelques secondes de vraie attention, pendant lesquelles je cherche un détail qui me plaît vraiment, sans juger la création. Et en toile de fond, je leur rappelle régulièrement que les seules personnes à satisfaire, ce sont eux-mêmes ! Les enfants ne doivent pas créer pour nous, ni pour nos murs : ils ne doivent créer que pour eux-mêmes, un point c’est tout.

3. Ton appareil photo à l’occasion tu sortiras

À 3 ans, alors que je m’extasiais (intérieurement) sur un fantastique dessin représentant ses premiers bonshommes, ma fille se met à recouvrir la feuille de noir. Je m’écrie : « Stop, qu’est-ce que tu fais ? Tu vas abîmer ton beau dessin ! » Elle me répond alors, comme si c’était évident : « Mais maman, c’est la nuit… » Ce jour-là, j’ai compris à quel point le dessin était d’abord une histoire que les enfants se racontent. Et comme toute histoire, le dessin évolue, quitte à se faire recouvrir de noir, de gribouillis orange (« C’est une tempête de sable ! »), ou à se faire découper en petits morceaux… Depuis ce jour, je photographie ce que je souhaite conserver (avec leur accord, car ce sont leurs créations !).

4. À expérimenter, patouiller et échouer, tes enfants tu autoriseras

L’ayant vécue enfant, je sais combien la confiance d’un parent qui nous laisse accéder à du “vrai” matériel est vitale. J’ai toujours pu toucher et utiliser leur matériel, tout en intégrant des règles : on ne fait pas de gouache avec des pinceaux à peinture sur soie, on ne découpe du tissu qu’avec des ciseaux de couture et on ne chahute pas autour de la machine à bois, par exemple ! Ce qui impliquait de leur part de voir mes essais, non comme des “ratages”, mais comme des occasions de recommencer, de progresser et d’explorer mes propres talents. Par la suite, j’ai continué à faire mes propres expérimentations artistiques en toute liberté et, la plupart du temps, avec ce que j’avais sous la main. Au-delà du champ manuel, j’ai appris à trouver moi-même mes solutions et à me poser mes propres questions, parfois même à l’opposé de ce qui se dressait devant moi… toujours avec l’assurance de la confiance et du soutien de mes parents.

5. Ton enfant s’ennuyer tu laisseras

En réponse au lancinant « Je m’ennuiiiiiiiie », mes enfants ont l’habitude d’entendre un joyeux : « Super ! T’as de la chance ! » Car l’ennui est vital, on ne le répétera jamais assez ! C’est un temps nécessaire de pause, indispensable pour accéder à nos vraies envies, pour développer notre imagination, pour apprendre à nous connecter à nous-mêmes et à nous connaître ! Comment le faire si nous ne laissons jamais à nos enfants ces temps de “rien” et remplissons d’activités leurs emplois du temps, week-ends compris ? Luttons contre l’envie de les occuper à tout prix, par peur (de quoi ?) ou par énervement (ne plus les entendre se plaindre). Et tenons bon contre la télévision et les écrans utilisés en mode “baby-sitter” ! Être seul face à soi-même peut être difficile et un peu effrayant quand on ne l’a jamais vraiment vécu, mais ça viendra. L’imagination est comme un muscle : elle se développe en s’utilisant !

6. À toi-même tous ces principes tu appliqueras

Féliciter son enfant de s’ennuyer et, en face, ne pas être capable soi-même de s’arrêter deux minutes (de courir, nettoyer, travailler, s’occuper, râler) est totalement improductif puisque, on ne le répétera jamais assez, en éducation, la posture a plus d’impact que les mots. Soyons donc cohérents avec notre discours et accordons-nous ce que nous demandons à nos enfants : des temps d’ennui, de pause, d’imagination, loin de nos écrans. Accordons-nous surtout de la bienveillance et le droit à l’erreur. Dans le jeu et l’art comme dans la vie, l’échec ne sert qu’à recommencer et à s’améliorer !

Retrouvez des idées de créations sur le site de Marie.

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